lundi 10 juillet 2006

En bas la piste, les éclats sonores d’une vie qui ne s’arrête pas, qui roule et gronde, fleuve éternel sans cesse renouvelé. Source introuvable et mer morte où nous nous déverserons tous un jour. Je me mêle à ces autres, me calque un instant sur l’écran de leur quotidien. Et les yeux plus tristes que jamais caressent à fleur d’eau les contours de visages qu’ils ne connaîtront plus jamais. Ermite des temps modernes, il remonte les rues à contre courant, traîne derrière lui une valise remplie de rien, d’ersatz d’existence. Il fuit en semant les souvenirs qui s’accrochent aux branches dénudées des arbres, se transforment en feuilles mortes déchirées par le vent.

Il y a dans l’habitude un réflexe de survie, les gestes se suivent d’eux-mêmes, mécanique savamment huilée, la clef qui tourne et les vêtements qu’on range, un à un, retour gradué vers la réalité morne. Agir pour ne pas penser. A Elle et son parfum de rose des vents, ses sourires plus doux que ses caresses. Pardon pour ma lâcheté. Pardon pour ce stigmate autour de l’annulaire. Je n’ai pas réussi à oublier. Un simple anneau d’argent pour embraser les espoirs illogiques qui se tordent maintenant de douleur à m’arracher le cœur.

Ils vivent en couple leur solitude partagée. Leurs chambres séparées, leurs douleurs contiguës, jumelles et pourtant terriblement étrangères. Elle saura peut-être, au froncement de ses sourcils, au mouvement nerveux de ses mains alors qu’il s’étend sur le séjour pour combler le silence, elle saura qu’une autre chaîne s’est brisée. Mais elle ne fera rien, il le savait. Parce que la peur solitaire statufiera sa colère. Pour ne pas le perdre elle fermera les yeux, retiendra les larmes lancinantes qui lui labourent l’âme. Jusqu’où ira-t-on encore pour préserver les apparences ? J’ai cru t’aimer et j’ai peur maintenant de te haïr.